Notes
notes
De courts textes, de temps en temps. Ils arrivent ici et dans l'infolettre.
deux recherches en même temps
Mai 2026
Quand j'improvise au piano, deux recherches se passent en même temps, et je commence seulement à comprendre qu'elles sont liées.
La première recherche, c'est ce qu'il y a à l'intérieur. Une pression, une image, un morceau de météo. J'essaie de trouver ce que c'est, comme on cherche un mot dont on n'arrive pas tout à fait à se souvenir.
La deuxième recherche est sur le piano. Quel doigt, quelle touche, quel intervalle. Attendre ou non. Répéter ou non. Laisser le geste inachevé ou non.
Longtemps, j'ai cru que c'était séparé. La « vraie » recherche était à l'intérieur, dans le corps. Le piano était l'endroit où la recherche intérieure sortait, plus ou moins bien. Le piano était le médium. Le corps était la source.
Je ne suis plus sûr que ce soit juste. Quand je regarde ce qui se passe vraiment dans une bonne improvisation, les deux recherches font la même chose. Les doigts qui cherchent le prochain intervalle font le même travail que le corps qui cherche ce qu'est le ressenti. Ils sont les miroirs l'un de l'autre, sur deux surfaces différentes. Le corps trouve l'implicite; la main trouve ce qui le touche. Quand ils se synchronisent, le jeu devient une seule chose. Quand ils ne le font pas, on m'entend essayer, parce que la main est partie devant et le corps n'a pas suivi, ou le corps sait et la main n'est pas encore arrivée.
L'implication, que je suis encore en train de démêler, c'est que le piano n'est pas le médium d'une recherche intérieure. Le piano est une des surfaces sur lesquelles la recherche elle-même se passe.
même si elle n'écoute pas vraiment
Mai 2026
J'ai eu cette pensée une fois et je la retourne depuis. La pratique d'écrire pour une personne précise ne dépend pas du fait que la personne écoute vraiment.
Ma sœur vit dans un autre pays. Les enregistrements que je fais pour elle finissent par arriver sur son téléphone. Parfois elle écoute une fois, parfois plusieurs fois, parfois elle n'y arrive pas pendant des semaines. Parfois je pense qu'elle n'a pas écouté du tout.
Ça ne change rien au jeu. L'intention vers elle, le fait de tenir qui elle est dans le corps pendant que je joue, c'est ça le travail. Il agit, qu'elle entende l'enregistrement ou non. L'auditeur n'est pas seulement la personne. L'auditeur, c'est la direction de ton attention.
Je réfléchis à ce que ça veut dire. Ça veut dire qu'une personne qui est morte peut encore être l'auditeur d'une pièce que tu fais. Ça veut dire qu'une personne à qui tu n'as pas parlé depuis vingt ans peut être l'auditeur. Ça veut dire que quelqu'un que tu es sur le point de rencontrer peut être l'auditeur. La condition de la pratique, c'est la direction de l'attention, pas la présence du corps.
J'hésite à pousser ça trop loin, parce que ça peut vite ressembler à une affirmation spirituelle que je ne fais pas. Je ne dis pas que la musique atteint les morts. Je dis que pour que la musique se fasse, celui qui la fait doit être tourné vers quelqu'un de précis, et que ce quelqu'un n'a pas besoin d'être en état de recevoir pour que l'attention fasse son travail.
La plupart de mes pièces sont faites pour des gens qui, au moment de l'enregistrement, sont loin. L'attention va vers eux quand même.
« Dancing Hills »
Mai 2026
Il y a un moment que j'ai vécu quelques fois au studio, et une fois assez fort pour que je commence à écrire dessus.
Quelque chose est dans le corps. Souvent un poids, parfois plus bas dans le ventre, parfois plus haut dans la poitrine. Ce n'est pas exactement une émotion, pas exactement une pensée. C'est plutôt comme un morceau de météo qui s'est installé. Si j'essaie de le nommer précisément, je le rate; si je le décris de façon lâche, je peux le garder en vue.
Une fois, au studio, ce qui est venu, c'est « dancing hills » - des collines qui dansent. Je ne savais pas quoi faire de la phrase, alors j'ai posé les mains sur le piano sans savoir ce que j'allais jouer. Ce qui est venu était calme, cherchant, lent. Quelques notes, une pause, quelques notes. La phrase « dancing hills » est restée dans la pièce pendant que je jouais. Le corps ne l'a pas perdue.
Après un moment, j'ai remarqué que le poids était moindre. Pas parti. Différent.
Je fais attention à la façon de décrire ça, parce que c'est facile de le faire sonner comme une thérapie ou comme une méthode. Ce n'est ni l'un ni l'autre. C'est juste ce que la pratique fait quand elle fonctionne. Le corps tient quelque chose d'implicite. Le son est une des façons qu'a le corps de le rendre un peu plus explicite. Le corps confirme le son, comme il confirme un mot qui correspond à un ressenti : un petit relâchement, une expiration, un « oui, c'est ça que je voulais dire ».
Des notes occasionnelles - nouvelle musique, séances, concerts.